La nouvelles politiques des réserves au sein de la défense

Le général Christian Thiébault, secrétaire général du conseil supérieur de la réserve militaire, délégué interarmées aux réserves et chargé de la direction du projet « Réserve 2019 » nous a présenté, le 15 mars 2016, la nouvelle politique des réserves au sein de la défense.

Après avoir rappelé en quoi consistait la réserve, il a précisé quel était le plan d’action lancé pour mettre en œuvre la nouvelle politique des réserves tout en évoquant les écueils à éviter et les difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre.

  • Qu’est-ce que la réserve?

 

Souvent évoquée, mais rarement définie, la réserve est constituée de l’ensemble des citoyens qui consacrent une partie de leur temps à la défense de la nation. Elle est héritière de la conscription.

Concrètement, il existe plusieurs types de réserve:

la réserve opérationnelle constituée de Français (hommes et femmes) sous contrat rémunéré par jour d’activité et pour lesquels l’objectif fixé est un contrat allant de un à cinq ans et de 30 jours d’activité par an en moyenne, appelé « engagement à servir dans la réserve » ou ESR;

– la réserve citoyenne constituée uniquement de collaborateurs bénévoles du service public qui apportent une aide volontaire à la Défense;

– la réserve de disponibilité constituée des militaires d’active ou appartenant à la réserve opérationnelle, légalement soumis à une disponibilité de 5 ans à la fin de leur contrat.

 

A l’époque de la conscription, la réserve était constituée de l’ensemble des personnes ayant fait leur service militaire et la Défense disposait donc d’une réserve de masse, en mesure de faire face au bloc de l’est.

A partir de 1997, la professionnalisation des armées a complètement modifié la nature de la réserve puisqu’il s’est alors agi de développer une réserve spécifique, nécessaire au bon fonctionnement d’une armée professionnelle le plus souvent engagée sur les théâtres extérieurs, dans des missions de défense de l’avant. L’objectif d’une réserve de 27 000 hommes, essentiellement composée de cadres et de spécialistes, a alors été fixé.

 

  • Le plan « réserves 2019 »

 

Les attentats de 2015 à Paris ont complètement modifié la donne. C’est ainsi qu’un plan d’action est lancé pour créer une nouvelle dynamique afin de disposer d’une nouvelle réserve pour faire face à de nouvelles menaces. Ce projet ouvre la voie à un changement de nature de la réserve. En effet, en complément d’une armée professionnelle engagée sur tous les fronts et aujourd’hui aux limites de ses possibilités, développer une réserve d’emploi est devenu un besoin stratégique pour la Défense.

 

Réserve d’emploi

Pour répondre à ce besoin, dans le cadre du plan « réserves 2019 », la Défense se fixe l’objectif 40 000 réservistes dont 1 000 déployés en permanence sur le territoire national, si possible à l’horizon 2018. Ultérieurement, uniquement si le besoin s’en fait sentir, cette réserve pourrait encore être développée.

Le développement de cette réserve répond également à un besoin stratégique pour la nation en associant les citoyens à la défense de leur pays et en créant un espace de brassage entre eux qui fait cruellement défaut depuis la suppression de la conscription.

Le mode opératoire retenu consiste, entre autre, à créer des unités de réserve supplémentaires dans les formations. L’armée de terre prévoit 17 unités élémentaires supplémentaires au sein des régiments; la marine prévoit 21 compagnie ROMEO et l’armée de l’air 4 sections de réserve et d’appui. Ces réservistes seront d’abord formés au premier emploi (fonction de protection) avec possibilité ultérieure de formation complémentaire et engagement en OPEX. Ils seront employés individuellement ou en groupe en fonction des besoins et intégrés au sein de patrouilles ou de formations existantes.

Pour recruter ce nombre de réservistes un dialogue interministériel est indispensable ainsi qu’un dialogue avec les entreprises. L’objectif est d’obtenir par la négociation et dans un souci de contrat gagnant/gagnant que les entreprises accordent à leur personnel la possibilité d’effectuer au moins 15 jours/an consacrés à la réserve. Le Ministre de la défense vient de montrer l’exemple en accordant aux fonctionnaires de la défense 15 jours d’activité /an dans la réserve.

Concomitamment, de nouveaux viviers de recrutement potentiel dans la réserve doivent être prospectés: jeunes de 17 ans, demandeurs d’emploi, intérimaires, temps partagés…

 

Réserves particulières

Deux évolutions nouvelles sont également incluses dans le plan « réserve 2019 »: la cyber défense et les actions d’influence indirecte économique.

Afin de répondre aux besoins dans le domaine cyber, le réseau cyber défense existant sera développé à partir d’un noyau d’active, complété par 400 réservistes opérationnels (cadres ou spécialistes) et 4 000 réservistes citoyens recrutés, par exemple, dans les écoles d’informatique.

Une cellule dédiée à l’influence indirecte économique devrait également être créée. Composée de 3 à 4 officiers d’active et de plusieurs dizaines de réservistes, elle devra être en mesure de conduire des actions en amont, pendant et après la crise (reconstruction). Située au plus haut niveau (EMA), elle devra s’inscrire dans le cadre d’une approche globale qui nécessite une bonne coordination interministérielle.

Une cellule identique devrait être créée au sein du centre de crise du ministère des Affaires Etrangères pour organiser et coordonner les échanges d’information entre l’international, l’institutionnel et le monde des entreprises.

 

3 – Ecueils et difficultés

La mise en œuvre d’un tel plan peut se heurter à quelques difficultés liées d’une part au fait que 20 ans après la suspension de la conscription et suite aux réductions successives imposées aux armées dans le même temps, il est nécessaire de reconstruire une réserve en partant pratiquement de zéro. D’autre part, comme toute réforme ou restructuration, elle doit emporter l’adhésion des personnes chargées de la mettre en œuvre.

Un axe d’effort pourrait être par ailleurs trouvé avec une meilleure coordination interministérielle susceptible de rendre plus aisée   l’adéquation de la réserve disponible avec le besoin à satisfaire.

Suite aux évènements de 2015, sur et hors du territoire national, le crédit des armées n’a cessé de croître au sein de la population. La tentation de leur demander toujours plus existe, de même que celle de vouloir copier les concepts notamment quand est évoquée une réserve citoyenne de l’Education Nationale. Il existe dès lors un risque de dilution de l’action militaire ou de perte de vue de la finalité de la chose militaire.

 

A court terme, il s’agit de satisfaire un besoin immédiat face à une menace qui reste prégnante et les difficultés évoquées pourront aisément être surmontées si le soutien politique demeure tel qu’il est.

Les besoins supplémentaires à satisfaire sont réalisables à ce stade et le coût d’une réserve telle qu’envisagée (100 millions d’euros) n’est pas représentatif au regard de la masse salariale de l’armée d’active.

 

Pierre-Edouard Béguier

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