Évolution de la stratégie militaire chinoise ?

Xi JINPING, président et numéro un du parti communiste chinois (PCC), également chef des armées en tant que président de la Commission militaire centrale, veut « des troupes opérationnelles prêtes au combat et capables de gagner une guerre à l’âge des technologies de l’information ».[1] Pour atteindre cet objectif, non content de poursuivre à l’intérieur sa campagne anticorruption, lancée en 2013, il remodèle l’armée chinoise au point qu’il est permis de s’interroger sur l’évolution de sa stratégie militaire.

Reprise en mains de l’armée populaire de libération

 

Fort de sa campagne anticorruption depuis son accession au pouvoir, Xi JINPING s’est assuré que l’APL était à ses ordres en ciblant les éléments les plus corrompus qui entravaient la capacité militaire du pays. C’est ainsi qu’en juillet 2015, Guo BOXIONG, ex-vice-président de la commission militaire centrale a été arrêté pour avoir échangé des promotions contre des pots de vin. Un autre officier général, Xu CAIHOU, décédé depuis, avait été arrêté en 2014 pour avoir vendu des postes.

Il a pu ainsi nommer des généraux dont il était sûr de la loyauté.

Xi JINPING, a également réuni, fin novembre 2015 à Pékin, un forum à l’occasion duquel ont été présentées les grandes lignes de la réforme des armées. Selon le South China Morning Post, le pays devrait être divisé en quatre commandements régionaux au lieu de sept actuellement. Cette réorganisation vise à rendre l’APL plus opérationnelle mais aussi mieux soumise au pouvoir politique. Xi a exhorté celle-ci à respecter le principe essentiel de la direction absolue sur les forces armées du PCC.

Recomposition des forces

 

Xi JINPING a affiché son intention de réduire de 300 000 hommes la taille de l’armée populaire de libération (APL) à l’horizon 2017. Cette réduction d’effectifs se fera essentiellement au détriment des forces terrestres qui perdent de leur importance face aux forces navales et aériennes. La priorité accordée à ces dernières symbolise la volonté de développer des capacités aéronavales dans le but de sauvegarder la souveraineté sur la vaste zone maritime placée sous la juridiction de Pékin.

Passant à deux millions de soldats, l’armée chinoise demeurera néanmoins la plus nombreuse en hommes de la planète et l’homme fort de Pékin n’a pas hésité à faire défiler les forces chinoises sur la place Tiananmen, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la reddition japonaise, dans une démonstration de force autant à usage intérieur que sur la scène internationale.

Mais, malgré leur participation croissante aux missions onusiennes, elles manquent encore d’expérience et d’aguerrissement pour être considérées comme une véritable menace…ce dont le président chinois est manifestement conscient.

Vers une future force de projection

 

Selon les déclarations d’un porte-parole du ministère de la défense, le 31 décembre 2015, Pékin a décidé la construction d’un porte-avions de 50 000 tonnes. Il s’agira du premier porte-avions assemblé par la République populaire. Il viendra s’ajouter au Liaoning livré à la marine chinoise en 2012 après avoir été racheté à l’Ukraine alors qu’il n’était pas encore armé. Il fonctionnera avec une propulsion conventionnelle et sera doté d’une proue relevée en tremplin de ski, ce qui indique la priorité donnée à une mise en service rapide et la marche technologique que la deuxième puissance mondiale doit encore franchir pour être en mesure de rivaliser avec la flotte américaine. Nonobstant ces lacunes capacitaires, notamment le défaut de maîtrise de la technologie des catapultes, cette décision de construire un deuxième porte-avions, marque la volonté de Pékin d’établir, dès que possible, une force de projection.

Aujourd’hui, la défense chinoise s’organise autour de trois priorités:

– les menaces transverses (terrorisme, séparatisme, indépendantisme, trafics);

– la défense du territoire (sanctuarisation, capacité nucléaire, ASAT/ABM);

– opérations extérieures (protection voies maritimes, opérations de l’ONU, évacuation de ressortissants et sécurité énergétique)

auxquelles s’ajoute le développement d’une capacité de projection.

 

Evolution prévisible de la stratégie militaire chinoise

 

Simultanément, Pékin a fait émerger des îlots sur les bancs de sable de l’archipel contesté des Spratleys en mer de Chine méridionale sur lesquels deux pistes d’aviation sont pratiquement achevées. Cette volonté de contrôler la mer de Chine doit être rapprochée de la stratégie dite du « collier de perles », mise au point par la République Populaire de Chine (RPC), et qui consiste dans le rachat ou la location pour une durée limitée d’installations portuaires et aériennes échelonnées jusqu’à Port Soudan. Il s’agit pour Pékin de garantir la sécurité de ses voies d’approvisionnement maritimes jusqu’au Moyen-Orient, ainsi que sa liberté d’action commerciale et militaire. Plus récemment, le pouvoir chinois a fait part de son intention d’ouvrir une base de ravitaillement à Djibouti.

Tous ces faits, en particulier la recherche d’ouverture de bases à l’étranger, semblent indiquer une rupture avec la stratégie de profil bas sur la scène internationale qui prévalait depuis la fin du maoïsme. Alors que l’APL, vue de l’Occident, semblait cantonnée dans une stratégie défensive résumée dans la formule Anti Access / Aera Denial (A2/AD), il semble qu’elle n’ait plus, désormais, uniquement l’intention de bloquer l’ennemi à ses frontières.

Cette évolution n’a rien d’étonnant dans la mesure où, quelles que puissent être les réticences chinoises à assumer des responsabilités internationales, l’absence sur les mers du globe de la flotte de la deuxième puissance mondiale, paraît peu concevable.

François GONNET

ChineDef

[1] Le Monde du 3 et 4 janvier 2016

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