80% des Français pour un service national!

Un sondage récent de Dimanche Ouest-France révèle que 80% des Français sont pour la création d’un service national. Les résultats de ce sondage et la relation qui en est faite par ce journal appellent quelques commentaires.

Des résultats à relativiser
Tout d’abord, la question posée: « êtes-vous favorable à un service national? » est suffisamment large pour générer un grand nombre d’approbations, même si il est précisé ensuite qu’il concernerait les deux sexes et durerait quelques mois. La question a par ailleurs été mal posée puisque le service national n’a jamais été aboli, mais uniquement suspendu par Jacques CHIRAC en 1996. Il eut donc été plus juste de poser la question: « êtes-vous favorable à la réactivation du service national et sous quelle forme? »
En second lieu, poser cette question immédiatement après les attentats du 7 janvier ne peut que susciter une réponse biaisée auprès d’un panel de concitoyens encore sous le choc. Ceci explique sans doute le bond de 20%, constaté par rapport aux enquêtes antérieures qui montraient qu’environ 60% des Français regrettaient la suspension du service national. Il est d’ailleurs tentant de faire un parallèle avec le bond de 20% de la cote de popularité du Président de la république.
Il n’en demeure pas moins vrai qu’une vingtaine d’années après le début de la professionnalisation des armées et alors que la première génération née sans service national a dépassé l’âge de la majorité, les conséquences de cette décision deviennent évidentes. Certes, la professionnalisation a permis de constituer progressivement un outil militaire calibré au plus juste, mais d’une grande réactivité et d’une belle efficacité, comme l’ont prouvé les engagements récents à l’extérieur et à l’intérieur du territoire national. En revanche, elle a eu au plan sociétal un double effet pervers en ne confiant qu’à une minorité de citoyens la défense nationale et en ne permettant plus le brassage social des classes d’âge successives.

Un déficit de défense nationale
La fin de la guerre froide a donné l’illusion qu’aucune menace ne pesait plus sur le territoire national et qu’on allait pouvoir toucher les dividendes de la paix. C’est donc logiquement que, depuis 25 ans, l’effort national de défense n’a cessé d’être réduit au strict minimum et confié par procuration à des professionnels mandatés et formés à cet effet. Ce faisant, la nation dans son ensemble était d’autant moins encline à se préoccuper des questions de défense et de sécurité que nos gouvernements successifs ne l’y incitaient guère. Il n’était plus question que de lointains intérêts nationaux et du rôle de la France, membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, dans le monde.
En réalité, le phénomène de mondialisation et l’échec de la pax americana nous ont conduit dans un environnement mondial beaucoup plus instable et dangereux que celui du monde bipolaire qui l’a précédé. Ces deux facteurs conjugués sont à l’origine du développement d’un terrorisme international qui a pour cible le monde occidental. Comme ce fut le cas aux Etats-Unis le 11 septembre 2001, les attentats du mois de janvier, à Paris, ont profondément choqué des populations qui croyaient plus ou moins benoîtement que leur territoire national était sanctuarisé.
La piqûre de rappel est brutale et implique d’autant plus que l’ensemble des Français se préoccupent à nouveau des questions de défense et de sécurité que nous ne disposons plus d’un outil militaire permettant de mettre en œuvre, comme c’était le cas naguère, la défense opérationnelle du territoire (DOT) tout en assurant les missions extérieures qui lui sont confiées.
Un facteur d’intégration qui fait cruellement défaut

Le fait que la menace sur le territoire national provienne aujourd’hui de jeunes qui y sont nés ne peut laisser indifférent. Or, sans faire de miracles, le service national avait, entre autres, le mérite de développer le goût de l’effort en commun et de provoquer un brassage social qui n’existent nulle part ailleurs et qui permettaient d’atténuer les effets délétères de l’individualisme et du consumérisme qui n’ont cessé de progresser dans les sociétés occidentales. Là où la famille, puis l’éducation nationale avait échoué, il constituait une troisième chance d’intégration à la société et au monde du travail pour les jeunes en déshérence.
Cette prise de conscience est aujourd’hui très largement partagée. Elle explique pourquoi la majorité des Français est pour un retour du service national. Encore faut-il savoir de quel service national il est question. Lors de sa suspension, alors que le service militaire demeurait sa forme principale, le service national avait connu une multiplication de ses formes au point d’avoir, peu ou prou, perdu le caractère égalitaire de l’impôt en nature auquel tous les hommes d’une classe d’âge devaient être soumis.

Quel service national et avec qui?
Compte tenu des évolutions de la société et de l’égalité, voulue et justifiée, entre les hommes et les femmes, un retour du service national devrait s’appliquer aux deux sexes et, dans un souci d’équité, ne revêtir qu’une forme qui reste à déterminer.
S’agirait-il d’un service civique, sans aucune formation spécifique en matière de défense, mais destiné uniquement à recréer un ensemble de citoyens conscients de partager un avenir commun, connaissant leurs devoirs comme leurs droits et sachant aussi bien servir que se servir.
Ou bien s’agirait-il d’un service incluant des formations spécifiques à la défense en vue de créer, puis d’entretenir l’équivalent d’une garde nationale, apte à assurer des missions de défense opérationnelle du territoire ou, pour reprendre le vocable actuel, des opérations intérieures (OPINT).
Au demeurant, la seconde forme inclurait de facto la première mais serait plus coûteuse en moyens humains et matériels. C’est là que le bât blesse. Comment financer dans le contexte budgétaire actuel un tel projet et avec qui le conduire?

François GONNET

Laisser un commentaire