Le 11 janvier 2015, une journée pas comme les autres qui mérite réflexion!

Entre Bastille et Nation, en famille et loin des rangs officiels, nous avons partagé la ferveur discrète de la foule pour la défense de la liberté et le refus du terrorisme.

C’était mon premier bain de foule depuis Mai 68 et, pour une fois, j’ai vu la majorité silencieuse s’exprimer sans cris, sans slogan (autre que celui retenu pour symboliser la défense de nos valeurs occidentales) et sans récupération politique (jusqu’ici). Voir les rues de Paris envahies par une foule silencieuse et apaisée, qui se déplace sans bousculade, malgré le nombre, et qui applaudit spontanément à chaque passage d’un détachement de police était un spectacle inhabituel qui ne pouvait laisser indifférent. C’était un grand et émouvant moment de fraternité dans la défense d’une certaine idée du vivre ensemble, pour reprendre une expression qui fait flores.

L’émotion passée, des questions demeurent. .
Après l’affaire MEHRA, cette seconde tragédie était-elle nécessaire pour que nos compatriotes comprennent enfin que nous sommes en guerre contre une idéologie qui veut la destruction de nos valeurs?Telle est la première qui me vient à l’esprit car le prix à payer me paraît bien élevé.

Seconde question: comment et pourquoi, comme dans l’affaire précédente, des individus ayant des antécédents connus ont-ils été laissés libres de passer à l’action? Moyens de renseignement insuffisants? Législation inadaptée?

Troisième question: si la cible initiale avait été différente, l’émotion aurait-elle été celle-là et si bien relayée par les médias. Nous avons certes perdus des soldats de la liberté armés de crayons, mais les trois parachutistes assassinés par MEHRA étaient aussi des soldats de la liberté et je ne pense pas qu’on puisse établir une hiérarchie entre ces soldats de la liberté.

Quatrième question: expliquera-t-on un peu mieux aux Français les raisons de nos engagements militaires au Sahel et au Proche-Orient ou comprendront-ils eux-mêmes que la racine du mal s’y trouve et l’y laisser prospérer, c’est nous condamner… Mais, sans oublier qu’il prospère souvent avec le soutien financier d’Etats avec lesquels nous dialoguons et nous commerçons!

Cinquième question (chronologiquement parlant, mais elle est essentielle): comment gagner la guerre idéologique contre l’islamisme qui nie la démocratie et en veut la destruction? Les forces militaires et de sécurité sont nécessaires, pour prévenir, dissuader, détruire quand c’est inévitable, mais elles ne seront jamais suffisantes. La guerre se gagnera sur le terrain des idées et de la culture, comme le prônait Abd al Malik au journal télévisé de France 2, hier soir. Mais pour un Abd al Malik, combien de jeunes livrés à eux-mêmes et proies faciles pour les recruteurs de l’obscurantisme ?

Sixième question: ce combat peut-il être gagné par la France seule? Je ne le crois pas. C’est un défi lancé à l’Union Européenne et la réponse, pour être efficace, ne peut qu’être européenne. J’ai eu plaisir à entendre au moins un chef de gouvernement (Mattéo Renzi) le dire, dimanche, à une chaîne de télévision française: « il faut une Europe politique! » Alors, puisse cet ennemi commun permettre d’en accélérer la formation.

Ce voeu, bien souvent considéré comme pieu, ne peut dédouaner chaque Etat membre de ses propres responsabilités. La responsabilité de nos dirigeants passés, présents et à venir est évidemment énorme dans la situation actuelle et dans la mise en oeuvre d’une stratégie et des moyens qui permettront demain d’en sortir. Le défi est difficile à relever. Comment trouver le juste équilibre entre liberté individuelle et sécurité de tous? Le peuple français est-il prêt à accepter des concessions à la première, du type Patriot Act américain, pour améliorer la seconde? Comment sortir les jeunes des ghettos communautaristes et les faire adhérer à nos valeurs? Comment développer une culture autre que consumériste et individualiste?

Autant de questions qui méritent débat et pas uniquement d’experts, comme cela est trop souvent le cas. Il n’est pas encore trop tard pour amener nos concitoyens à réfléchir ensemble à ces questions fondamentales pour l’avenir de nos sociétés, c’est à dire celui de nos enfants. A condition d’y associer nos grands medias qui pourraient en être le meilleur vecteur si l’envie leur venait de faire le buzz avec ce genre de questions plutôt qu’avec les frasques d’une Nabilla! Mais là, je m’égare, je porte atteinte à la liberté d’expression!

Amis du club défense, soyons au cœur de cette réflexion car manifester notre capacité de résilience ne suffit plus, il faut désormais avoir la volonté de vaincre les tenants de l’obscurantisme quelle que soit l’obédience dont ils se réclament. C’est le vœu que je forme pour cette année 2015 qui a si mal commencé sur notre sol national.

François GONNET

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